ACTUALITES > LA CONVENTION SUR L'AVENIR
DE L'EUROPE
Georges Berthu s'adresse à Valéry Giscard
d'Estaing lors du débat au Parlement européen
sur la Convention européenne
Le 3 septembre, devant le Parlement
européen réuni à Strasbourg, Valéry
Giscard d'Estaing a présenté le projet de
Constitution européenne établi par la Convention
sur l'avenir de l'Europe, qu'il présidait. Lors du
débat qui a suivi, Georges Berthu est intervenu au
nom des députés villiéristes. Voici
sa déclaration :
"Monsieur le Président
de la Convention,
Vous avez un jour posé à la
Convention une question à la fois pertinente et impertinente,
à laquelle nous n'avons jamais eu de réponse.
A l'occasion de la présentation du rapport du groupe
de travail sur la personnalité juridique de l'Union,
vous aviez demandé : "mais à quoi
donnerait-on la personnalité juridique au juste,
à un Etat ou à une organisation internationale
?".
C'était une excellente question,
mais elle dérangeait. La Convention n'y a jamais
répondu, préférant demeurer dans l'ambiguïté.
Pourtant, si l'on pouvait dire à
l'origine que la construction européenne possédait
une nature sui generis, qu'il s'agissait d'un objet juridique
non identifié, aujourd'hui, au fil des traités,
et surtout au terme de la Convention, l'objet apparaît
de mieux en mieux identifiable. Pour tout dire, il prend
la forme d'un Etat, d'un pouvoir de décision central
et supranational, avec son cadre institutionnel unique,
sa loi supérieure aux Constitutions nationales, sa
procédure de décision de droit commun à
la majorité, et même maintenant sa Constitution,
avec sa super-cour constitutionnelle. Peut-être certains
de ces éléments, sous certains aspects, considérés
isolément, peuvent-ils relever d'une organisation
internationale, mais réunis tous ensemble avec cette
force, cette généralité, cette intensité,
ils dessinent évidemment la forme d'un Etat européen.
Alors, Monsieur le Président,
je voudrais à mon tour vous poser une question :
pensez-vous que ce super-Etat européen corresponde
vraiment au voeu profond de nos peuples ? Vous qui tout
à l'heure nous avez cité des sondages, vous
savez que la réponse est "non".
Nos peuples veulent la coopération
européenne, ils veulent que davantage de politiques
d'impact transnational soient traitées au niveau
européen, mais ils veulent en même temps que
leur pays conserve sa liberté de décision,
la liberté de choix de sa démocratie nationale,
la seule démocratie au sens plein du terme à
ce jour.
Dans ces conditions, Monsieur le Président
de la Convention, ne pensez-vous pas que le super-Etat européen
est une très mauvaise réponse à une
bonne question ?"