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ACTUALITES > LA CONVENTION SUR L'AVENIR DE L'EUROPE



Rapport final du groupe de travail "défense" : début de bon sens, mais suites inquiétantes
par Georges Berthu, le 23 décembre 2002

Le groupe de travail "défense" présidé par Michel Barnier a rendu son rapport final le 20 décembre 2002. Son orientation première est tout à fait raisonnable : il reconnaît qu'on ne fera jamais rien en matière de défense européenne si l'on n'accepte pas franchement la géométrie variable. C'est exactement ce que nous disons depuis des années. Mais sur cette base se greffent trois orientations plutôt inquiétantes :

1- La géométrie variable n'est pas conçue comme l'instrument de la liberté des Etats, mais comme un moyen de mieux les entortiller dans le communautaire.

Michel Barnier a en effet expliqué oralement qu'il faut que les Etats approfondissent leurs coopérations à l'intérieur des institutions de l'Union, ce qui évitera qu'ils ne travaillent ensemble à l'extérieur. "A l'intérieur des institutions de l'Union" signifie que l'on utilisera la formule très réglementée des coopérations renforcées, lorsqu'il ne sera pas possible d'appliquer directement les clauses de droit commun du traité. On voit bien comment les Etats vont se retrouver prisonniers de procédures de décision, de clauses budgétaires, de systèmes d'évaluation et de surveillance qui les normaliseront petit à petit.

Cette méthode d'enfermement progressif est une vieille idée des eurocrates, qui ont déjà cherché à la pousser lors de la négociation du traité de Nice. Mais les Etats l'avaient alors rejetée (1). Avec leur obstination coutumière, ils reviennent aujourd'hui à la charge

Pis encore, on a noté avec une certaine surprise que le rapport propose de mettre en place, pour la défense comme pour l'euro, des "critères" permettant de vérifier comment les Etats membres remplissent leurs engagements, accompagnés d'une surveillance mutuelle.

2- Au-delà de la géométrie variable, les missions de défense de l'Union elle-même seraient élargies.

Actuellement, il s'agit des missions dites "de Petersberg", définies à l'article 17-2 TUE (missions humanitaires et d'évacuation, missions de maintien de la paix, missions "des forces de combat pour la gestion des crises"). Elles sont gérées de manière strictement intergouvernementales.

Le rapport Barnier propose d'élargir la définition de ces missions, d'abolir la distinction sécurité intérieure/sécurité extérieure (qui déjà n'apparaissait pas clairement dans l'article 17 actuel), et d'introduire des éléments moins intergouvernementaux (droit d'initiative du Haut Représentant, qui aurait par ailleurs une "casquette" de commissaire européen).

On voit aussi apparaître au niveau de l'Union une clause de solidarité censée être dirigée uniquement contre le terrorisme, mais dont le libellé est bizarrement large : "clause de solidarité pour la protection des populations civiles et des institutions démocratiques". Si l'Union européenne a le droit d'intervenir dans un Etat membre pour sauver ses institutions démocratiques (uniquement "à la demande de ses autorités civiles du pays concerné", nous précise-t-on vertueusement), nous ne savons plus très bien où nous sommes partis.

3- Le contrôle parlementaire apparaît très faible.

Le rapport Barnier évacue toute idée d'une assemblée interparlementaire, formée de représentants des Parlements nationaux, qui serait chargée du suivi des questions de sécurité et de défense. L'assemblée de l'UEO disparaîtrait donc sans contrepartie équivalente.

Le rapport prévoit seulement un droit d'information du Parlement européen, sans lui donner aucun pouvoir, ce qui de toute façon ne serait pas pertinent puisque la défense est une responsabilité des Etats.

Il rappelle enfin de manière très laconique que les Parlements nationaux peuvent exercer un contrôle permanent sur leurs gouvernements respectifs, et qu'ils peuvent organiser des réunions de leurs commissions compétentes pour échanger des informations. Mais ce passage est très bref. Visiblement, le groupe de travail n'était pas très inspiré sur ce point.

Tout cela nous paraît très insuffisant. Il est hors de question pour nous d'accepter le moindre développement d'une coopération européenne en matière de défense sans que son contrôle démocratique par les Parlements nationaux, et eux seuls, ne soit fermement défini et assuré.

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(1) Voir Traité de Nice - L'Europe sans repères, p. 183.

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