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ACTUALITES > LA CONVENTION SUR L'AVENIR DE L'EUROPE



Rapport final du groupe de travail "Action extérieure" : prudence et petits pas
par Georges Berthu, le 23 décembre 2002

Le groupe de travail traitant de la politique étrangère et de sécurité commune, présidée par Jean-Luc Dehaene, a présenté en réunion plénière de la Convention, le 20 décembre 2002, un rapport prudent : il ne propose pas de bouleverser la répartition des compétences entre l'Union et les Etats membres ; il ne propose pas de déplacer complètement la limite entre l'intergouvernemental et le communautaire ; il ne propose pas de révolutionner les procédures de décision en généralisant le vote à la majorité qualifiée ; il ne propose pas, enfin, de bouleverser les institutions, et il préserve le rôle principal du Conseil.

La philosophie du rapport a été bien résumée par Jean-Luc Dehaene lorsqu'il a déclaré que l'objectif n'était ni de fusionner l'intergouvernemental et le communautaire, ni de "creuser le fossé" entre les deux, mais de "jeter des passerelles". L'idée de fusion, qui aurait plu à de nombreux fédéralistes, a visiblement été entravée par l'action résolue de certains membres du groupe de travail, surtout britanniques. On n'en dira pas autant des propositions lamentables des Français (voir ci-dessous).

Le rapport Dehaene présente des propositions de mise en cohérence, avec lesquelles on peut être d'accord, par exemple la scission de l'actuel Conseil "Affaires générales" en un Conseil "Coordination générale" et un Conseil "Affaires extérieures". Ce dernier pourrait être présidé par le Représentant européen pour la PESC (à voir, selon les modalités). De même, il serait intéressant que le traité contienne enfin des dispositions claires établissant comment le Conseil contrôle les négociations internationales (page 9 du rapport).

En revanche, le rapport présente d'autres propositions plus discutables, et notamment :

- Sa proposition principale, la création d'un représentant européen unique pour les affaires extérieures, réunissant sous sa double casquette les fonctions de la Commission et celles du Conseil. Il s'agit d'un échafaudage instable, à notre avis peu réaliste, et destiné à faire tomber à terme la politique étrangère dans l'escarcelle de la Commission (voir rubrique séparée).

- La compétence de droit commun accordée à l'Union pour les question relevant actuellement du droit interne de la Communauté. La Cour de Justice a déjà supposé que cette compétence déduite existait. Ce n'est pas le cas. Et en plus, elle ne va pas de soi, car ce n'est pas parce que les Etats ont confié une compétence interne à la Communauté qu'ils veulent forcément lui confier la compétence de négocier à l'extérieur sur ces mêmes sujets. Les motivations sont différentes.

- L'extension du vote à la majorité qualifiée dans tous les domaines de la politique commerciale. Comme nous l'avons déjà exposé (1), l'unanimité est une force dans les négociations qui visent à réduire nos protections ; la majorité qualifiée n'est acceptable que s'il s'agit d'élever ces mêmes protections. Il faut donc distinguer les deux cas, pour bien appliquer le principe de solidarité entre les Etats membres.

- L'unification, au bénéfice de la Commission, de la représentation de l'Union dans les organisations internationales : cette proposition est trop floue, car on ne voit s'il s'agirait seulement de nommer un porte-parole commun aux Etats membres, ou s'il s'agirait de fusionner les sièges des Etats membres dans chaque organisation concernée pour aboutir à un siège unique de l'Union. La seconde hypothèse est inacceptable, car elle aboutirait à une grave réduction d'influence des Européens. La première pourrait être acceptable dans certains cas, à condition qu'on nous dise exactement comment les Etats membres contrôleront leur porte-parole.

*

Le débat sur le rapport Dehaene a encore permis d'entendre deux aberrations d'origine française, heureusement rejetées par à peu près tout le monde :

- Alain Lamassoure, député européen, a proposé une politique étrangère européenne totalement unifiée (décidée à la majorité), comme si les pays membres n'avaient plus de personnalités ou d'intérêts distincts, et comme s'il fallait obliger les minoritaires éventuels à se plier à la politique étrangère des pays majoritaires ;

- Pierre Lequiller, représentant de l'Assemblée Nationale française à la Convention, a proposé la "définition d'un pacte de convergence liant les Etats membres dans le cadre de la PESC". Peut-être s'agirait-il de faire converger les politiques étrangères à l'aide de critères, comme les économies dans le cadre de l'euro ? Personne n'a bien compris de quoi il s'agit. Jean-Luc Dehaene, invité quelques jours auparavant à la délégation de l'Assemblée Nationale pour l'Union européenne, avait déclaré à ce sujet : "Malheureusement, la définition d'une pacte de convergence n'a pas donné lieu à une véritable discussion au sein du groupe de travail, mais il serait souhaitable de revenir en séance plénière sur cette idée intéressante" (2). Traduisez : "Le groupe de travail n'a pas trouvé cette élucubration de son niveau, mais si vous voulez recommencer à en parler en séance plénière, vous être libre". Et c'est bien ce que Pierre Lequiller a fait... Inutile de préciser ce qu'il en est advenu.

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(1) Voir "Traité de Nice, l'Europe sans repères" page 83
(2) Compte rendu numéro 21 de la délégation, réunion du 11 décembre 2002

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