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ACTUALITES > LA CONVENTION SUR L'AVENIR DE L'EUROPE


Conclusions du groupe de travail "subsidiarité" : victoire souverainiste en théorie, poudre aux yeux en pratique
par Georges Berthu, le 7 octobre 2002


Le 4 octobre, quelque chose a failli bouger à la Convention : le groupe de travail "Subsidiarité" a fait un pas vers une association directe des Parlements nationaux à la prise de décision européenne, comme nous le réclamons depuis que nous sommes élus au Parlement européen, à l'occasion de presque toutes nos interventions sur le sujet (1).

Le groupe de travail ne s'est pas contenté de dire en effet - comme les fédéralistes le font toujours pour esquiver le débat - que le rôle des Parlements nationaux consiste à bien contrôler leurs gouvernements respectifs, et qu'il s'agit là d'une compétence purement nationale. Il a aussi admis que les Parlements nationaux pourraient intervenir utilement dans le processus de décision européen lui-même - ici pour le contrôle de la subsidiarité - ce qui permettrait de rapprocher l'Europe des préoccupations des citoyens. Il admet ainsi implicitement, mais justement, que le Parlement européen n'y suffit pas.

Valéry Giscard d'Estaing a d'ailleurs appuyé fortement cette orientation, puisqu'il avait déclaré la veille 2 octobre au collège de Bruges, au sujet de l'intervention des Parlements nationaux dans le contrôle de la subsidiarité : "Ce serait une innovation majeure qui associera, pour la première fois dans l'histoire de la construction européenne les Parlements nationaux directement au processus législatif européen".

On pourrait dire "merci" aux souverainsites pour avoir défendu cette "innovation majeure" contre vents et marées, depuis des années.

Malheureusement, dans la pratique, les nouveaux mécanismes de contrôle de la subsidiarité proposés par le groupe de travail sont extrêmement décevants. En gros, les Parlements nationaux ont le droit de crier qu'ils ont mal, et que la répartition des compétences prévue par le traité est violée par une initiative de la Commission, mais les institutions européennes restent juges des suites à donner. C'est tout à fait paradoxal, quand on pense que ce sont les nations qui ratifient les traités, et que ce sont elles qui devraient avoir le dernier mot quand il s'agit de savoir ce qui s'y trouve écrit.

Lorsque les Parlements nationaux auront actionné le "système d'alarme" dont ils ne maîtrisent pas les suites, ils pourront, en fin de processus, déposer un recours devant la Cour de Justice des Communautés, afin de solliciter la condamnation d'une initiative communautaire qui violerait la subsidiarité. Cela non plus n'est pas raisonnable. Les Parlements nationaux, qui représentent la légitimité principale dans l'Union, celle des démocraties nationales, n'ont pas à aller quémander auprès des juges de la Cour des décisions qu'ils devraient avoir toute autorité de prendre eux-mêmes.

Nous avons proposé depuis longtemps que les Parlements nationaux détiennent, purement et simplement, un droit de veto en matière de subsidiarité. On peut raffiner en disant que ce veto ne serait opposé qu'après un débat public et ouvert, qui pourrait être lancé par le Conseil, en forme d'appel contre un arrêt de la Cour.

En tout cas, ce serait une concession dangereuse que d'entériner tel quel le "droit" de recours proposé par le groupe de travail subsidiarité : il tendrait à admettre que les Parlements nationaux sont subordonnés, qu'ils ne possèdent plus la légitimité supérieure dans l'Union.


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(1) Voir par exemple l'intervention dans le débat sur le rapport Napolitano (6 février 2002) ; l'opinion minoritaire insérée dans le même rapport ; l'explication de vote du 7 février 2002.

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