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DE L'EUROPE
La Convention sur l'avenir de l'Union,
un piège ou une chance ?
19 mars 2002
La "Convention" prévue
par le Conseil de Laeken pour réfléchir à
l'avenir de l'Union dans la perspective d'un nouveau traité
à négocier en 2004, vient de commencer ses
travaux à Bruxelles sous la présidence de
Valéry Giscard d'Estaing. Selon les compte-rendus
de la presse quasi-unanimes, cette nouvelle instance paraît
programmée pour aboutir à la proposition finale
d'une Constitution européenne, c'est-à-dire
du texte fondamental d'un super-Etat.
A première vue, tout semble
converger dans ce sens. La dynamique fédéraliste
vient d'être relancée par l'introduction de
l'euro qui va maintenant nécessiter, pour bien fonctionner,
un gouvernement économique européen centralisé,
et bientôt une union politique encore renforcée.
Au service de cette dynamique, le Parlement européen
et la Commission, bien représentés à
la Convention, vont mettre leur action cohérente
et combinée, appuyés par tous les "lobbies"
fédéralistes.
Au niveau de la représentation française,
cette dynamique va trouver des appuis : Jacques Chirac et
Lionel Jospin en appellent tous les deux, dans leurs programmes
pour les élections présidentielles, à
l'adoption d'une Constitution européenne et à
la généralisation des votes à la majorité
qualifiée au Conseil, c'est-à-dire clairement
à l'emprise générale de la supranationalité.
Le représentant du gouvernement français à
la Convention, le socialiste Pierre Moscovici, qui semble-t-il
a été nommé "pour toute la durée
des travaux de la Convention" par le Président
de la République et le Premier ministre (la Convention
travaillera pendant plus d'un an) affiche pour sa part sa
volonté d'aller "vers les Etats-Unis d'Europe"
et de "dépasser notre stricte appartenance nationale
pour chercher un intérêt général
européen".
Malgré ce démarrage
sous des auspices fédéralistes, tout n'est
pas joué d'avance. Tout d'abord, s'il est vrai que
le camp supranational voudrait faire jouer à la monnaie
unique le rôle d'un accélérateur, les
incertitudes demeurent sur son avenir. Beaucoup, en particulier,
souhaiteraient maintenant déconnecter l'euro de l'idée
d'un super-Etat. D'ailleurs, l'ambiance générale
serait plutôt à une Europe flexible, aussi
bien pour gérer l'élargissement que pour rétablir
une plus grande démocratie en Europe.
En ce qui concerne l'élargissement,
il faut rappeler que les pays candidats, représentés
chacun à la Convention par trois membres (c'est-à-dire
au total 39 membres, puisque la Turquie figure parmi eux)
sont très peu désireux d'abandonner une souveraineté
que, pour la plupart, ils ont chèrement reconquise
récemment. Or ils seront membres de la Convention
"à part entière".
Enfin, l'opinion est de plus en plus
largement partagée - peut-être sous l'influence
du mouvement souverainiste - que le déficit démocratique
s'est accru en Europe au fur et à mesure où
le Parlement européen s'est renforcé, et qu'il
faut donc corriger cette dérive en redonnant des
pouvoirs aux Parlements nationaux. Or ces derniers, pour
la première fois dans la préparation d'un
traité europen, tiendront les "deux bouts de
la chaîne" : non seulement ils donneront l'autorisation
de ratifier le traité, comme d'habitude, mais en
plus, cette fois, ils pourront peser dès le début
des négociations. Ils sont en effet représentés
en force à la Convention : 30 représentants
pour les Parlements nationaux des pays membres, 26 représentants
pour ceux des pays candidats (sur 106 membres de la Convention
au total).
Si les souverainistes réussissent à faire
la jonction entre leurs préoccupations et celles
des parlementaires nationaux, et si les Parlements nationaux
se décident à vraiment se défendre,
la Convention, conçue pour être un piège,
peut se révéler une chance pour les nations.