ACTUALITES > LA CONVENTION SUR L'AVENIR
DE L'EUROPE
Constitution européenne
: la diplomatie française dans la seringue
par Georges Berthu, le 1er octobre
2002
On le sait, par le traité de Nice,
la diplomatie française a négocié,
et la classe politique a entériné (ne parlons
pas du peuple : il n'a pas été consulté),
un incroyable abandon : la délégation française
au Parlement européen va être ramenée,
si les Irlandais disent "oui" à leur référendum,
à 72 députés contre 87 auparavant.
L'Allemagne, au contraire, qui avait 87 députés
avant 1992, est passée alors à 99, et va demeurer
à ce niveau après Nice. 99 contre 72 : l'écart
est énorme, et contraire à toute la philosophie
qui avait animé la Communauté à ses
débuts.
Cet abandon apparaît d'autant plus
incroyable que dans la théorie fédéraliste
inéluctablement déroulée de traité
en traité, le Parlement européen devrait obtenir
demain le pouvoir de représentation majeur dans l'Union
européenne. Ainsi, nos gouvernements ont accepté
que la France soit durablement minorée. Si le traité
de Nice entre en vigueur, c'est pendant des décennies
et des décennies que nos concitoyens en feront les
frais...
Dans la Convention qui réfléchit
à l'avenir de l'Union, les diplomates français
commencent à voir - certains avec épouvante
- les conséquences de leurs actes. Car tous les
projets de "Constitution européenne" mis
sur la table de la Convention insistent sur le nécessaire
accroissement des pouvoirs du Parlement européen.
Le piège se referme sur nous. C'est peut-être
l'angoisse d'être co-responsable qui a dicté
à Hubert Védrine la tribune du Monde
(27 septembre 2002) analysée plus haut dans ces colonnes.
Mais il est largement trop tard. L'aveuglement
est quasi-général, et le destin galope.
Quelle n'est pas notre surprise d'ailleurs
de lire dans le projet de Constitution européenne
publiée par Robert Badinter (1), un article 81 "Révision",
qui dit que "le projet (de révision) est
adopté à la majorité des deux-tiers
des membres du Parlement (européen)". Avec
72 députés sur 732 (après l'élargissement),
nous serons dans de beaux draps. Selon ce projet, nous ne
pourrons même plus dire "non" aux modifications
du pacte fondamental décidées par nos voisins...
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(1) Le Monde, 27 septembre 2002.