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ACTUALITES > LA CONVENTION SUR L'AVENIR DE L'EUROPE


Rencontre PE/Parlements nationaux : intéressant diagnostic du Sénat français
par Georges Berthu, le 11 juillet 2002

En marge de la Convention, le Parlement européen organisait les 8 et 9 juillet 2002 une rencontre avec les Parlements nationaux, sur son terrain à Bruxelles. Il a présenté une fois de plus sa conception singulièrement étriquée de la "revalorisation" de leur rôle dans l'Union : possibilités d'avis, délais de transmission de l'information plus courts, meilleur contrôle des gouvernements par leurs Parlements, bref, tout sauf l'essentiel : le droit de participer à la prise de décision européenne. Car, bien sûr, selon le Parlement européen, ce droit, s'il était accordé aux Parlements nationaux, impliquerait des "complications" qui "nuiraient à l'efficacité". Refrain connu (1).

D'habitude, les représentants des Parlements nationaux écoutent religieusement ce que les "autorités" européennes ont à leur dire. Cette fois, il n'en a pas été tout à fait ainsi, grâce au Sénat français et au président de sa délégation pour l'Union européenne, Hubert Haenel. Celui-ci a exposé que l'intervention directe des Parlements nationaux dans les affaires européennes (et pas seulement leur intervention indirecte via le contrôle de leurs gouvernements respectifs) est souhaitable car, selon lui :

- les Parlements nationaux ont une vue plus large que le Parlement européen, qui ne contrôle vraiment que le pilier communautaire,

- ils peuvent renforcer le lien entre les opinions publiques et les institutions de l'Union (2).

Allons même plus loin : selon nous, seuls les Parlements nationaux seraient susceptibles d'impliquer vraiment les peuples dans la coopération européenne. Car les peuples considèrent les décisions de leurs assemblées nationales comme "les leurs". En revanche, les décisions du Parlement européen sont prises à la majorité des voix, tous pays confondus, à l'issue de compromis obscurs et sans aucune visibilité des nations : de ce fait, les peuples les considèrent comme extérieures à eux. Voilà pourquoi, si l'on veut que les peuples s'approprient vraiment l'Europe, il faut que les Parlements nationaux y aient clairement la responsabilité de prendre les décisions principales.

Un grand regret toutefois. Le Sénat français ne tire pas toutes les conséquences de son bon diagnostic. Il propose pour l'essentiel de donner à une "Conférence" composée de parlementaires nationaux le droit de saisir la Cour de Justice pour faire respecter la subsidiarité. C'est plutôt maigre.

D'abord, les Parlements nationaux ne devraient pas avoir à saisir la Cour pour faire respecter la subsidiarité. Ce sont eux les souverains. C'est donc à eux de dire si un texte respecte ou non la subsidiarité. Et si un seul Parlement répond "non", alors le texte doit être rejeté, ou pris sous forme de géométrie variable.

En second lieu, le contrôle de la subsidiarité est une chose importante, mais ce n'est pas tout. Il faut que les Parlements nationaux puissent, dans tous les domaines, faire usage d'un droit de veto. Et dans certains domaines, ils doivent pouvoir prendre les décisions européennes eux-mêmes, en s'organisant en réseau. On se reportera ici à notre proposition, présentée à la Convention, de "pilier interparlementaire". (voir, dans les contributions MPF à la Convention, la proposition de pilier interparlementaire)


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(1) Voir à ce sujet notre information antérieure "Petit exemple de manipulation : le document du Praesidium sur le rôle des Parlements nationaux".
(2) Les idées d'Hubert Haenel sont également exposées dans son article "L'exigence de subsidiarité" (Le Figaro - 2 juillet 2002).

 

 


 

 

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