ACTUALITES > LA CONVENTION SUR L'AVENIR
DE L'EUROPE
Désarrois et espoirs à
la délégation du Parlement européen
par Georges Berthu, le 25 octobre
2002
Depuis quelques mois, on ressentait un certain
désarroi au sein de la délégation du
Parlement européen à la Convention. Sans être
marginalisés - loin de là - ses membres ne
bénéficiaient pas, cependant, de la quasi-omnipotence
qui était la leur dans la Convention autrefois réunie
pour préparer la Charte des droits fondamentaux.
Ils avaient l'impression que certaines propositions profitaient
aux Parlements nationaux (le "Congrès",
"l'alerte précoce" sur les questions de
subsidiarité...) et qu'on les oubliait (C'est un
pur fantasme : l'essentiel des propositions qui se dessinent
conviennent parfaitement au PE).
Le président de la Convention, Valéry
Giscard d'Estaing, était également accusé
de manière feutrée : il avançait en
public des idées personnelles dont l'assemblée
plénière n'avait pas discuté ; il entretenait
des contacts étroits avec les gouvernements, pour
traiter de choses sérieuses, tandis qu'on occupait
les conventionnels à "faire des tas de sables"
dans des groupes de travail parcellaires ; il manoeuvrait
comme s'il ne comprenait pas que la Commission et la délégation
du Parlement européen détiennent par nature
la clé de l'intérêt général
européen...
Lors de la réunion du 22 octobre de
leur délégation, les parlementaires européens
se sont montrés particulièrement amers : l'un
déclarait qu'il fallait considérer les gouvernements
nationaux comme des "adversaires politiques" (mais
oui), l'autre ajoutait qu'il fallait désenclaver
le Parlement européen en "nouant de nouvelles
alliances" à la Convention. "Mais
lesquelles ?" interrogeait un troisième.
Le chrétien-démocrate Elmar Brok hasardait
une réponse : "Peut-être les délégations
des Parlements nationaux de petits pays, qui peuvent craindre
de perdre beaucoup avec le recul de la méthode communautaire...".
Cette idée d'alliance avec les petits
était peu enthousiasmante. En fait, tout le monde
avait une autre idée en tête, que bien sûr
Elmar Brok n'était pas en position de formuler :
Joshka Fisher, ministre des affaires étrangères
d'Allemagne (Vert allié aux sociaux-démocrates)
va désormais représenter lui-même son
pays à la Convention. Peut-il être un allié
solide pour le Parlement européen, la Commission,
et la méthode communautaire ? La délégation
du Parlement européen aurait trouvé son sauveur.
Il est temps de relire le discours de l'université
Humboldt de Berlin...