ACTUALITES > LA CONVENTION SUR L'AVENIR
DE L'EUROPE
La Convention réinvente
les anciens "décrets-lois" français,
mais en pire !
par Georges Berthu, le 24 mars
2003
On se souvient que la Constitution de la
IVème République faisait un usage abusif des
"décrets-lois", délégations
de pouvoir accordées par le Parlement au gouvernement
afin d'adopter des textes sur des matières de nature
législative. Il a été mis fin à
ce détournement par la Constitution de la Vème
République, qui a réglementé strictement,
dans son article 34, les domaines de la loi et du règlement.
Or la Convention sur l'avenir de l'Europe
présidée par Valéry Giscard d'Estaing
est en train de réinventer au niveau européen
les décrets-lois, avec tous les abus qu'ils peuvent
engendrer. Vient d'être présenté en
effet le titre V de la future Constitution intitulé
"L'exercice des compétences de l'Union",
dans lequel on trouve un article 27 : "les règlements
délégués". Ces règlements
sont ainsi définis au paragraphe 1 : "Les
lois et les lois-cadres européennes peuvent déléguer
à la Commission le pouvoir d'édicter des règlements
délégués qui complètent ou qui
modifient certains éléments non essentiels
de la loi ou la loi-cadre".
Comme d'habitude, on nous explique qu'il
s'agit là d'une simple mesure d'efficacité,
voire même de simplification. Ce n'est pas le cas.
Les procédures de contrôle démocratique
ne sont déjà pas très solides dans
l'Union européenne, et il est inutile de les affaiblir
encore par ce genre de délégation. C'est d'autant
plus vrai que la Commission n'est pas un gouvernement européen,
et qu'en particulier sa responsabilité peut être
mise en cause dans les conditions bien plus difficiles que
celles existant pour un gouvernement proprement dit dans
un régime parlementaire.
Peut-être la Convention trouve-t-elle
que la Commission européenne n'a pas assez de pouvoirs
?