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ACTUALITES > LA CONVENTION SUR L'AVENIR DE L'EUROPE


Débat Valéry Giscard d'Estaing/Philippe de Villiers sur France 3 (23 mars 2003) : l'aveu scandaleux de VGE
par Georges Berthu, le 25 mars 2003

Au cours de l'émission France-Europe-Express du 23 mars 2003, animée par Christine Ockrent, a eu lieu un débat entre Valéry Giscard d'Estaing, Président de la Convention sur l'avenir de l'Europe, et Philippe de Villiers, Président du MPF. A plusieurs reprises, VGE a paru contrarié, voire déstabilisé, par un type d'argumentation qu'il a bien peu l'occasion d'entendre au sein de la Convention. Voici quelques moments forts du débat:

- Philippe de Villiers a expliqué pourquoi le projet de Constitution européenne préparé par la Convention cachait en réalité la mise en place d'un super-Etat européen. Il a énuméré les critères de cet Etat (et surtout le pouvoir de décision central et supranational qui serait officialisé et développé à Bruxelles). Mais il n'a pas obtenu de contre-argumentation claire.

- Philippe de Villiers a proposé de rédiger ainsi le premier article du futur texte fondamental : "L'Union est une association libre de nations souveraines". Il a même ajouté que si cette rédaction était reprise dans le texte, il voulait bien qu'on appelle cela une Constitution ou n'importe quoi d'autre. Les dénominations n'ont plus d'importance si la réalité de la souveraineté des nations est réaffirmée. Sans répondre ni "oui" ni "non", Valéry Giscard d'Estaing s'est lancé dans la lecture de l'article 1 de son projet de Constitution : "Inspirée par la volonté des peuples et des Etats d'Europe de bâtir leur avenir commun, cette Constitution établit une Union appelée..., au sein de laquelle les politiques des Etats membres sont coordonnées, et qui gère, sur le mode fédéral, certaines compétences communes". Tout ce que les auditeurs ont retenu, c'est qu'il s'agissait d'une définition obscure, où se trouve le mot "fédéral", et où ne se trouve pas le mot "souveraineté". Et en plus, Valéry Giscard d'Estaing n'avait pas l'air à son aise.

- Mais le passage le plus scandaleux a été l'aveu de VGE, lorsque Philippe de Villiers a protesté contre l'article 9-1 du projet de Constitution qui prévoit que "la Constitution et le droit adopté par les institutions de l'Union... ont la primauté sur le droit des Etats membres". Cet article signifie que le texte élaboré par la Convention, et même toute autre forme de droit communautaire (même un règlement de la Commission !) auraient une valeur supérieure aux droits nationaux, y compris aux Constitutions des Etats membres, et que la souveraineté de ceux-ci serait définitivement abolie. Valéry Giscard d'Estaing s'est alors exclamé : "Mais ce n'est pas nouveau ! C'était déjà dans le traité d'Amsterdam !". Eh oui ! C'était dans le traité d'Amsterdam ! Mais à l'époque où le traité d'Amsterdam était préparé, nous avons dénoncé le protocole abscons dans lequel cette idée se trouvait glissée de manière détournée. Or toute la classe politique nous a dit que ce n'était pas vrai, que nous exagérions, que ce protocole était parfaitement innocent et que le traité d'Amsterdam en son entier était purement technique, de sorte qu'il ne justifiait pas un référendum. Aujourd'hui, Valéry Giscard d'Estaing déclare tranquillement à la télévision, comme s'il s'agissait d'une évidence, que le traité d'Amsterdam aurait subordonné la Constitution nationale au droit communautaire. Cette déclaration doit nous faire réfléchir.
Elle montre en effet comment procèdent les institutions européennes : des petits glissements peu évidents, que la classe politique fédéraliste s'efforce de banaliser, pour ensuite déclarer, après l'adoption des textes, qu'ils sont capitaux et que l'on ne peut pas revenir en arrière. Méfions-nous ! Car la même méthode va être utilisée à nouveau avec la Constitution européenne.

A la fin, Valéry Giscard d'Estaing, visiblement excédé, a laissé échapper : "Monsieur de Villiers, laissez-nous travailler !". Au-delà de l'exaspération, cette exclamation laissait entrevoir un non-dit : Valéry Giscard d'Estaing préfèrerait bien jouer au meccano institutionnel tranquillement dans son coin, en connivence avec quelques experts fédéralistes. Mais Philippe de Villiers vient troubler son jeu.

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