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ACTUALITES > LA CONVENTION SUR L'AVENIR DE L'EUROPE


Conclusions du groupe de travail "Liberté, sécurité et justice" : communautarisation rampante, sous quelques réserves
par Georges Berthu, le 10 décembre 2002


Le rapport final du groupe de travail "Liberté, sécurité et justice" a été présenté par son Président Jean-Luc Dehaene lors de la réunion plénière de la Convention du 6 décembre 2002. Dans l'ensemble, ses conclusions sont sans surprise :

- Premier pilier : pour les questions d'immigration, de visas, d'asile, de gestion des frontières, de coopération dans le domaine du droit civil, qui avaient déjà été communautarisées, avec un régime transitoire spécial, par le traité d'Amsterdam, le groupe de travail préconise d'aller jusqu'au terme de l'évolution, et d'appliquer à peu près partout la codécision avec majorité qualifiée au Conseil. Il préconise un système de gestion "véritablement intégré" pour contrôler les frontières extérieures, c'est-à-dire pour parler clair un corps de gardes-frontières européen géré de manière supranationale.

- Troisième pilier : concernant la coopération policière et judiciaire en matière pénale, aujourd'hui gérée selon des procédures intergouvernementales, le rapport du groupe de travail va dans le sens de la communautarisation (et donc de l'extension de la codécision avec majorité qualifiée au Conseil), sans toutefois la pousser à son terme (1). En particulier, les fédéralistes enregistrent deux petites déceptions : 1) le rapport préconise que le droit d'initiative reste ici partagé entre la Commission et les Etats membres ; 2) le rapport ne préconise pas la création d'un procureur européen, question trop controversée au sein du groupe de travail, et se borne à demander le renforcement des missions et des compétences d'Eurojust dans un cadre intergouvernemental.

Une bonne occasion manquée :

Le groupe de travail, remarquant fort justement que les questions de police et de justice "sont à la base des pouvoirs qui définissent un Etat", a pensé qu'il serait normal que les Parlements nationaux continuent à y jouer un rôle important, même si les responsabilités du Parlement européen passent au premier rang. Il propose donc une association particulière des Parlements nationaux pour la définition des orientations de la politique européenne, pour la protection de la subsidiarité et pour l'évaluation des actions entreprises. En fait, le groupe a fort bien vu le problème essentiel, mais il ne le résoud pas puisqu'il ne laisse aux Parlements nationaux que des pouvoirs largement factices.

Nous pensons pour notre part que les affaires de police et de justice doivent continuer à relever de la souveraineté des Etats. Si l'on y accepte des prises de décision à la majorité qualifiée, il faut en contrepartie officialiser un droit de veto des Parlements nationaux. C'est une question de logique, c'est une question de démocratie. Il serait insensé de vouloir faire fonctionner une Europe à 30 membres avec des prises de décision purement et simplement à la majorité, sur des questions purement et simplement de souveraineté.

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(1) Mais on rappelle que, dans le cadre de l'avant-projet de Constitution européenne présenté par Valéry Giscard d'Estaing, les traités seraient unifiés, et donc la distinction des piliers disparaîtrait. Il ne resterait que, ici ou là, des différences de procédures, certainement précaires et révocables.

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