ACTUALITES > LA CONVENTION SUR L'AVENIR
DE L'EUROPE
Faut-il inscrire la Charte européenne
des droits fondamentaux dans le futur traité ?
Le problème des révisions à venir
par Georges Berthu, le 12 juillet
2002
Les débats de la plénière
de la Convention, comme ceux de la société
civile, comme ceux du Praesidium, comme ceux du groupe de
travail correspondant, semblent converger comme par miracle
pour demander une inscription de la Charte européenne
des droits fondamentaux dans le traité. Cette inscription
aurait pour but de transformer ce document, qui actuellement
a le simple statut d'une référence politique
sans valeur juridique, en une prescription contraignante
pour tous les peuples des Etats membres.
Nous avons dit depuis longtemps, en particulier
dans l'enceinte qui avait préparé la Charte
des droits fondamentaux, à quel point une démarche
à ce point uniformisatrice nous paraissait inopportune.
Il nous semble d'ailleurs que si les oppositions à
l'inscription de la Charte sont un peu occultées
aujourd'hui par l'activisme fédéraliste à
la Convention, en réalité, elles existent
toujours, et leurs arguments sont toujours aussi forts.
Prenons l'exemple d'un problème
jamais cité, et pourtant colossal : celui des
révisions futures de la Charte. En effet, si la Charte
devait acquérir un caractère contraignant,
il ne faudrait pas se contenter de focaliser la discussion
sur le contenu des articles actuels. Il faudrait aussi clarifier
la question, encore plus importante, de savoir comment,
ultérieurement, cette Charte évoluera, sous
l'impulsion de qui, et par décision de qui. Le texte
actuel ne fournit strictement aucune indication à
cet égard. Or il s'agit d'une question qui permet
de mettre à jour le vice, fondamental à nos
yeux, qui affecte la Charte.
Si l'on admet que, le traité étant
actuellement révisé à l'unanimité,
la Charte doit aussi être révisée à
l'unanimité, on s'aperçoit que les peuples
auront de très grandes difficultés à
décider dans de telles conditions des modifications
de la Charte. En réalité, ce qui risque de
se produire, c'est que les droits évolueront sous
l'impulsion de la jurisprudence de la Cour de Justice, c'est-à-dire
de 15 juges non élus. Est-ce admissible, sachant
que nous ne sommes pas ici dans le cadre d'un seul peuple
(comme se trouve la Cour Suprême aux Etats-Unis),
mais dans une union de peuples différents ?
Si l'on admet que la révision du
traité doit être assouplie et que la Charte
peut être révisée à la majorité
qualifiée des pays, se pose alors un problème
supplémentaire, tout aussi insurmontable que le précédent
: est-il admissible qu'une majorité de pays puisse
décider de la définition des droits fondamentaux
chez la minorité des autres, alors que ces droits
sont en général enracinés profondément
dans l'héritage culturel et spirituel d'un peuple
?
Ces problèmes nous ramènent
en fait à une seule conclusion : c'est l'idée
même d'une Charte de droits fondamentaux uniforme
et contraignante qui est inadaptée à la nature
d'une zone politique comprenant des peuples distincts.