ACTUALITES > LA CONVENTION SUR L'AVENIR
DE L'EUROPE
Le bulldozer des administrations
européennes est en marche.
La Constitution européenne, "acte fondateur
d'un système supranational"
par Georges Berthu, le 4 avril
2003
On se souvient que la Constitution préparée
par la Convention devrait comprendre deux parties : une
première partie très brève (pas plus
de 50 articles), qui donnerait les principes fondamentaux
du nouveau système ; une deuxième partie beaucoup
plus longue et consistante, qui reprendrait l'essentiel
des textes des traités actuels, en ajoutant des modifications
cohérentes avec les innovations de la première
partie.
Le "groupe d'experts" qui
avait été chargé par le Praesidium
de la Convention de rédiger cette seconde partie
vient de remettre sa copie. Il s'agit de quatre brochures
volumineuses qui vont représenter, en quantité
au moins, 95 % de la Constitution. D'ores et déjà
il a été annoncé que pour des raisons
multiples, parmi lesquelles figure évidemment, comme
d'habitude, la technicité du sujet, les discussions
sur ces textes en séance plénière de
la Convention seraient brèves.
Il est intéressant de voir exactement
comment cette seconde partie a été élaborée.
En fait, y ont travaillé six experts désignés
par les services juridiques de la Commission, du Conseil
et du Parlement européen, c'est-à-dire pour
être clair six experts des institutions européennes
et aucun expert des pays membres.
Bien mieux, il a été benoîtement
expliqué que les experts désignés par
le service juridique de la Commission étant précisément
ceux qui avaient travaillé sur le projet "Pénélope"
de cette même Commission, il ne fallait pas s'étonner
de retrouver entre les deux textes des affinités
communes. On notera au passage que VGE avait bien imprudemment
tourné en dérision le projet "Pénélope",
lorsque celui-ci avait été présenté
par la Commission. Il devait paraît-il être
considéré comme une contribution parmi d'autres.
On voit comment l'histoire finit. Elle finit comme toujours
: la Commission chassée par la porte revient par
la fenêtre.
Sur le fond, le projet de seconde partie
de la Constitution devra être étudié
dans le détail. D'ores et déjà, on
peut constater quelques changements très importants
:
- le mot "traité" est remplacé
partout par le mot "Constitution", ce qui étend
le champ d'application de nombreuses dispositions du traité
communautaire, par exemple pour ce qui concerne la politique
étrangère et de sécurité ou
la coopération policière et judiciaire dans
le domaine pénal,
- il est affirmé que les "lois
européennes" prises en codécision avec
le Parlement européen sont réputées
obéir à la "procédure législative".
Cela signifie que les actes pris par le Conseil sous le
contrôle des Parlements nationaux n'auront pas droit
eux à la reconnaissance de l'élaboration par
"procédure législative",
- la règle générale
devient le monopole d'initiative de la Commission, qui n'a
plus besoin d'être mentionné chaque fois, car
il est établi une fois pour toutes,
- on ne dira plus "le Conseil
statuant à la majorité qualifiée...".
Ce sera inutile car la majorité qualifiée
deviendra la règle de droit commun.
L'élaboration de cette seconde partie
de la Constitution montre à quel point le travail
de la Convention est de plus en plus pris en mains par les
institutions européennes, et combien les méthodes
deviennent opaques et privatives de liberté pour
les nations.
Lors de la réunion du 3 avril
de la délégation du Parlement européen
à la Convention, où la seconde partie a été
présentée, les députés fédéralistes
ne cachaient pas leur satisfaction.La députée
italienne Elena Paciotti a déclaré que cette
Constitution serait "l'acte fondateur d'un système
supranational".